Déconfinement : un retour pas tout à fait à la normale pour les Nivernais

Beaucoup de précautions sanitaires, impossibilité de voir les proches vivant à plus de 100 km, travail à domicile… Après quinze jours de déconfinement, ce n’est pas un retour à la vie normale pour les Nivernais.

Prudence et précautions pour Marine

En témoigne par exemple Marine, jeune maman d’un enfant de cinq mois. Même si elle a désormais la possibilité de sortir de chez elle comme elle le souhaite, elle vit quasiment comme si elle était toujours confinée. Dans la crainte d’attraper le virus. « Je sors peu. Quasiment que pour faire les courses, pendant que mon mari garde ma fille. Et quand je rentre, je mets quasiment une heure à tout désinfecter. »

Son mari ne sort plus, attendant le temps d’incubation

Marine fait quelques promenades au grand air avec sa fille, en n’approchant personne. Côté vie sociale, pour l’instant, le couple ne s’est autorisé qu’une seule sortie pour voir la famille.

Depuis, son mari ne sort pas, attendant le délai maximum d’incubation de la maladie, quinze jours, pour être sûr qu’il n’a rien attrapé. Il n’a pas non plus repris de mission d’intérim en usine pour éviter d’attraper ou propager le virus.

La maman de Marine ne comprend pas pourquoi le couple est si prudent. « Elle m’en a voulu de ne pas lui avoir emmené sa petite-fille », reconnaît Marine. Pourquoi autant de précautions ? « Mon mari est asthmatique. On fait attention aussi pour ma fille. Si la maladie régresse, on sortira un peu plus. Mais si on est reconfiné dans un mois ou deux, on est préparé. »

Pas de cours, pas de stage, pas de sport… pour Fatma

Pour Fatma, étudiante à Nevers, le déconfinement n’est pas si joyeux non plus. Son école n’a pas rouvert ses portes. Elle travaille donc seule chez elle sur son ordinateur.

Avec l’interdiction de circuler au-delà de 100 km, elle ne peut pas aller voir ses parents en Tunisie. Ce n’est pas le retour à la normale de la vie sociale et c’est ce qui lui manque. Elle voit un groupe d’amis de temps en temps. Mais ce n’est pas assez.

« Les premiers jours du déconfinement, c’était difficile de sortir. Pas par peur du virus. Je me disais : « Je n’ai pas d’activité : pourquoi descendre ? » Je n’ai pas de cours, pas de stage. Avant, j’allais à la salle de sport. Ça, je ne le fais plus. Rien n’est comme avant. Pour les étudiants, il manque des occupations pour avoir une vie communautaire. Deux semaines de déconfinement, je crois que c’est plus dur que le confinement ! », regrette-t-elle.

Pour Anne, le déconfinement « n’a pas changé grand chose »

À l’inverse, Anne, quinquagénaire installée à Challuy, vit très bien le déconfinement… justement parce qu’il ressemble beaucoup à sa vie pendant le confinement. Le non-retour à la vie normale lui va bien. Depuis l’annonce du confinement, elle télétravaille. Un rythme qui lui convient parfaitement. « Pour moi, le déconfinement n’a pas changé grand-chose. Je ne sors pas plus. Et je n’ai pas tellement envie de me ruer dans les magasins pour faire des courses autres qu’alimentaires car je me dis qu’il y aura du monde et essayer des vêtements avec le masque, par exemple, ça ne me dit pas tellement. »

 

« Le confinement m’a permis de me rendre compte que j’avais besoin de relations sociales. Après, c’est une sorte de responsabilisation de chacun de continuer à faire attention quand même. »

Anne (Challuy)

Comme pendant le confinement, elle ne fait plus d’efforts pour s’habiller. Sa tenue de travail favorite en ce moment : un survêtement et des vêtements de running. Le changement pour elle a été visible du côté des relations avec les autres. Pour le week-end de l’Ascension, Anne a revu des amis. « On a fait une rando en moto dans le Morvan, avec un pique-nique. Le confinement m’a permis de me rendre compte que j’avais besoin de relations sociales. Après, c’est une sorte de responsabilisation de chacun de continuer à faire attention quand même. Car on n’a pas encore de vision de ce que ça ferait si on reprenait une vie comme avant. »
Elle ne multiplie donc pas les sorties et les rendez-vous avec ses amis.

Depuis mi-mars, Laurence n’a pas arrêté de travailler

Satisfaite de continuer à télétravailler aussi et de ne plus avoir à remplir d’attestation pour se déplacer, Laurence, à Saint-Pierre-le-Moûtier, n’a pas vraiment vu la différence confinement-déconfinement, car elle… n’a pas arrêté de travailler.

« Chez nous, pas de beau potager, l’herbe a besoin d’être tondue, pas de temps pour faire des masques, de la pâtisserie, bouquiner, ou dessiner… », résume-t-elle. Quant à la peur d’attraper le coronavirus, elle n’a pas le temps d’y penser. « Vivre dans la peur ne sert à rien ».

 

Jenny Pierre